June 1975

Editorial

June 30, 1975

La rencontre réalisée autour de cette revue est en elle-même une position politique. Comme telle, elle constitue dans le cadre de la lutte pour la libération nationale et sociale du monde arabe une première délimitation de ceux qui y collaborent, à savoir les socialistes révolutionnaires opposés à toute forme de chauvinisme national : les Arabes […]

Editorial : Sur la revue

June 30, 1975

Khamsin veut être une voix commune aux socialistes révolutionnaires du Mashrek (Proche-Orient arabe). Chaque numéro sera composé de plusieurs parties : Un dossier central consacré à une question d’actualité et de fond, qui sera examinée autant que possible par les militants des divers pays de la région, actifs dans le domaine concerné. Ainsi, le dossier […]

Editorial : La stratégie révolutionnaire au Proche-Orient

June 30, 1975

Et nous, les révolutionnaires du Mashrek, quel est notre rôle ? Notre point d’impact — c’est presque une banalité de le dire — ce sont les masses de la région. C’est ici que prend toute son importance le fait que la revendication de l’évacuation totale des territoires occupés et la constitution d’une entité nationale palestinienne, c’est précisément une revendication, un mot d’ordre, c’est un slogan autant qu’un programme.

LE DÉBAT A L’INTÉRIEUR DU CAMP ARABE : 1. Un État palestinien ? par Fuad Faris

June 30, 1975

Tout en poursuivant sa politique de détente, l’Union soviétique a pour souci permanent de s’assurer des avantages qui puissent améliorer sa position de marchandage face aux États-Unis et leurs alliés, qui est aussi le jeu de ces derniers par rapport à l’Union soviétique. Étant donné cette réalité, l’éventuelle entité palestinienne, qui constitue la menace la plus sérieuse à l’ordre politique du Mashrek où l’influence nord-américaine a été rétablie aux dépens de l’U.R.S.S., sera soutenue par cette dernière. La nature de ce soutien, toutefois, doit être comprise dans ces limites : non seulement le soutien restera d’ordre tactique, mais il sera probablement limité par des considérations d’apaisement entre les deux super-puissances.

Conclusion

Aucun communiste ne peut s’opposer à l’établissement d’un État ouvrier, à l’accès au pouvoir du prolétariat, sur une partie aussi petite soit-elle de la Palestine. Mais un tel État ne s’établit pas automatiquement parce qu’on le désire. Si notre objectif avait été ici de plaider en faveur d’un pouvoir prolétarien immédiat dans une partie de la Palestine parce que les conditions y sont mûres, beaucoup de révolutionnaires autrement en désaccord avec la constitution d’une autorité nationale palestinienne n’auraient pas eu d’objections. Mais, assurément, la revendication d’une autorité nationale n’est pas une revendication pour le pouvoir prolétarien. Nous avons seulement tenté de démontrer que, dans l’éventualité d’un règlement politique entre Israël et les pays arabes, une entité palestinienne indépendante en Palestine même non seulement arrêterait une dispersion accrue du peuple palestinien, mais donnerait aussi aux communistes révolutionnaires une meilleure base pour assumer la direction du mouvement de libération palestinien. Le but de notre exposé était de démontrer que, dans le contexte d’une stratégie révolutionnaire, le mot d’ordre d’autorité nationale est plus opérant que celui de pouvoir prolétarien.

Il est tentant d’établir une comparaison avec les événements de 1917 en Russie, quand pour la première fois fut mis en avant avec succès le mot d’ordre d’un État ouvrier. De retour de son exil en Suisse, Lénine arriva à Petrograd en avril 1917. Aussitôt il publia les fameuses Thèses d’avril, dans lesquelles il appela à la création d’un État ouvrier en Russie. Ce faisant, il rejeta la position généralement acceptée selon laquelle la Russie n’était pas mûre pour une révolution socialiste, que la révolution de 1917 ne saurait être autre que bourgeoise-démocratique. Comment se fait-il que le programme demandant le pouvoir prolétarien apparut réaliste, ou disons plus réaliste qu’un programme appelant à l’établissement de la démocratie bourgeoise ? Une réponse à cette question exige une analyse concrète des conditions en Russie en 1917. Nous ne pouvons le faire ici, mais indiquons quand même :

1) La tâche première de la révolution n’était pas de résoudre un problème national.

2) Le but était de faire tomber l’alliance des classes au pouvoir, mais les conditions permirent d’aller plus loin.

3) Avec l’économie complètement arrêtée, le chaos à la campagne, avec les centaines de partis politiques concurrents immobilisant le gouvernement provisoire de Kérensky, plus de deux millions de déserteurs de l’armée tsariste parcourant le pays, et le danger d’une intervention des puissances européennes grandement réduit à cause de leur engagement dans la guerre — dans ces conditions il était effectivement possible pour un groupe relativement petit de révolutionnaires professionnels de prendre le pouvoir dans la capitale au nom du prolétariat, contre l’aristocratie et contre la bourgeoisie.

Ne pas appeler à la constitution d’un pouvoir prolétarien en Palestine ne signifie pas, pour autant, qu’on se prononce pour l’accomplissement en priorité de la révolution palestinienne bourgeoise-démocratique. (Ce concept est d’ailleurs dénué de sens dans le contexte de la société palestinienne actuelle, c’est donc une abstraction hors de propos, qu’on soit pour ou contre.) Une autorité nationale palestinienne en Palestine en 1974 n’est pas comparable à la démocratie bourgeoise en Russie en 1917. Outre les trois points mentionnés ci-dessus, il y a un autre aspect concernant la situation palestinienne qui la distingue de celle de la Russie en 1917. Il y a aussi la différence entre l’expérience coloniale du peuple palestinien et celle des autres peuples du Tiers monde. Cela est lié à la structure de classe de la société palestinienne d’aujourd’hui et à la composition sociale du mouvement de libération palestinien, changeant l’une et l’autre sous l’impact de la colonisation sioniste toujours expansionniste (avant pour mission l’expropriation de la population plutôt que son exploitation). La défaite de 1948 a eu pour résultat le déplacement forcé de la moitié de la population palestinienne ; elle a en même temps éliminé la direction traditionnelle du mouvement palestinien, composée de propriétaires terriens et de la bourgeoisie urbaine, soit en les dépossédant, soit en les dispersant hors de la Palestine. Ces éléments dirigeants finirent par s’allier aux classes dirigeantes des pays arabes avoisinants et prirent par la suite peu d’intérêt à une lutte risquant de nuire à leurs intérêts de classe. Ainsi, la vieille classe de propriétaires terriens et la classe possédante en général ne furent pas décimées par un processus de révolution sociale et la montée de classes nouvelles dans la société palestinienne, mais plutôt par la victoire du mouvement sioniste. Les couches sociales palestiniennes qui continuent toujours de vouloir retourner — ou rester — dans une Palestine dé-sionisée, ce sont les réfugiés, les ouvriers, les paysans et les petits bourgeois. Ce sont aussi ces couches sociales qui composent le mouvement national palestinien actuel et sa direction, et qui sont réellement capables de mener la lutte contre le sionisme.

Appeler à la constitution d’une autorité nationale palestinienne signifie créer les conditions d’une confrontation maximale avec les forces de la contre-révolution. C’est une priorité tactique qui prend le pas sur les objectifs stratégiques, sans les contredire.